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Introduction

La France a connu au XIXe siècle quelques grands chantiers de construction de sanctuaires chrétiens entrepris afin de ranimer la foi.

Parmi ces derniers, Sainte-Marie Majeure à Marseille, Notre Dame de Fourvière à Lyon, le Sacré Cœur de Montmartre à Paris sont autant de monuments attractifs destinés à rassembler et rassurer des populations en plein essor mais traumatisées par les révolutions, la rapidité de l’industrialisation et la guerre.
Dans nos régions septentrionales, quelques curés opiniâtres, également soucieux de réveiller les sentiments religieux des croyants, défendent le programme de grandes églises de pèlerinages à construire à l’emplacement d’anciens monuments dédiés à la Vierge et disparus pendant les troubles de la Révolution.

Stimulé par les combats menés par l’Abbé Haffreingue pour Notre Dame de Boulogne-sur-Mer et l’Abbé Bernard pour Notre Dame de la Treille, Hyacinthe Pique, curé de Notre Dame-la Grande à Valenciennes, sollicite l’aide financière des notables et le soutien des élites religieuses et politiques. Dès 1836, il ouvre une vaste souscription pour la reconstruction d’un grand sanctuaire digne d’abriter le culte séculaire de Notre Dame du Saint Cordon et sa nouvelle statue vénérée par les fidèles depuis 1807. Sa procession annuelle, rétablie depuis l’année 1804, draine chaque année un nombre croissant de pèlerins originaires des diocèses de Cambrai et de Tournai. Le terrain acquis en 1850 par le conseil de fabrique de Notre Dame, à proximité de la place des Ursulines, permet de dégager cette dernière pour ouvrir le chantier du nouveau sanctuaire et d’envisager la pose de sa première pierre. Quel sera le meilleur style à adopter pour le monument marial dont le culte remonte à l’apparition protectrice de la Vierge en 1008?

Le style gothique est choisi pour Notre Dame du Saint Cordon

Le combat de l’Abbé Pique à Valenciennes bénéficie depuis 1844, au sein du diocèse de Cambrai, d’un contexte officiel favorable au style gothique du XIIIe siècle. Le 12 novembre 1844, les autorités ecclésiastiques du diocèse de Cambrai ont choisi de consacrer officiellement le style gothique à la construction religieuse. La bénédiction, par l’archevêque Mgr Giraud, de la chapelle funéraire d’Estourmel (canton de Carnières en Cambrésis), construite par l’architecte diocésain, Henri de Baralle, sur le modèle de la Sainte-Chapelle érigée à la demande du Roi Saint Louis au cœur de la Cité, est l’occasion d’une cérémonie solennelle. … Le clergé accourut des points les plus éloignés du diocèse pour en relever l’éclat par sa présence, selon la relation qu’en fait la revue des Annales Archéologiques dans sa livraison de 1844.

La revue, dirigée par le maître–verrier et archéologue Adolphe Napoléon Didon

rencontre auprès du public féru d’archéologie sacrée une large audience. Dès sa première parution, elle orchestre le débat sur l’art chrétien et le style à adopter, le gothique du XIIIe siècle, inlassablement défendu dans chacune de ses livraisons.

Ses Mélanges et Nouvelles sont des chroniques régionales sur l’état du patrimoine et la construction religieuse. Les œuvres de quelques artistes alimentent le débat. Ce sont en particulier, pour les régions septentrionales, celles de l’arrageois Alexandre Grigny en Artois et dans le Douaisis, ainsi que d’André de Baralle et de son fils Henri de Baralle dans le Cambrésis.


C'est au sein de ce petit cercle d'initiés que mûrit le projet d'un grand concours international pour la construction d'une vaste église en gothique du XIIIe siècle. L'abbé Hyacinthe Pique fournit l'occasion d'une première compétition à l'occasion de la construction de Notre Dame du Saint Cordon en 1850.


Marie-Josèphe LUSSIEN-MAISONNEUVE
Maître de Conférences d’Histoire de l’Art