Aller au contenu principal

Dernière mise à jour :

L'orgue de Notre Dame du Saint Cordon, Valenciennes

L'ancienne église Notre Dame la Grande, détruite lors de la révolution, possédait très certainement un orgue dont nous ignorons tout. À la reprise du culte, au Concordat, la paroisse est hébergée dans les locaux de l'Hôtel-Dieu dont la chapelle dispose d'un orgue de dimensions restreintes, entretenu régulièrement et réparé par Hippolyte Loret jusqu'à l'ouverture de la nouvelle Basilique.

Dès 1864 un petit orgue de chœur sorti des ateliers Merklin-Schütze de Bruxelles, financé en grande partie par Émile Durieux grand bienfaiteur de la ville, est installé dans la chapelle Saint Gilles, actuelle chapelle Saint Joseph. Il est agrandi et placé sur une tribune au fond du transept sud en 1874 par Pierre Schyven de Bruxelles. En 1879, la console de cet instrument est déplacée sur le côté pour laisser plus de place aux chanteurs et musiciens.

Tribune de l'orgue de choeur en novembre 1900,

En 1885, la grande tribune est construite dans le but d’accueillir un Grand Orgue ; la sculpture en est confiée à l’artiste valenciennois Charles Boulanger qui réalisera plus tard le buffet d’orgue. Le 6 mars 1888, décède Madame Hamoir léguant la somme de 100 000 francs « qui devra être employée à l’acquisition et l’établissement de grandes orgues à l’entrée principale de l’église » ; elle précise même : « ce legs serait caduc, si, avant mon décès, ma paroisse avait été dotée de ses orgues, soit par moi, soit par tout autre ». Aussitôt la fabrique se met à la recherche d’un facteur d’orgues. Delmotte de Tournai propose un instrument de 53 jeux répartis sur trois claviers et pédalier ; Merklin, installé à Paris, un orgue mécanique de 42 jeux sur trois claviers et pédalier. Nous ignorons les propositions des deux autres facteurs parisiens Cavaillé-Coll et Stoltz. Dès avant l’installation, le 18 mars 1889, d’une commission chargée d’aider la fabrique dans son choix, Delmotte est exclu parce qu’étranger. Après visite sur place à Paris la commission retient les deux projets de Cavaillé-Coll et Merklin. En dehors des rivalités entre les deux facteurs, relayées par des organistes et autres personnalités, le choix se révèle difficile entre système mécanique soutenu par Cavaillé-Coll et système électrique proposé désormais par Merklin, la nouveauté technique étant toujours difficile à admettre. Finalement, la commission s’oriente vers le progrès et choisit le projet de Merklin. Outre la construction du nouvel orgue, le facteur s’engage à électrifier l’orgue de chœur, donnant la possibilité de le jouer depuis la console du Grand Orgue.
Ainsi est reçu le 23 juin 1891, un grand instrument de 42 jeux sur trois claviers et pédalier plus un quatrième clavier jouant les 11 jeux de l’orgue de chœur. En plus de son marché, le facteur a ajouté une petite console placée dans le chœur susceptible de jouer les six jeux du clavier de Grand Orgue de l’orgue de chœur. L’ensemble est inauguré les deux jours suivants par Henri Dallier organiste de Saint-Eustache de Paris et Copin organiste titulaire. La presse locale et nationale se fait largement l’écho de cet événement, ce qui entraîne une polémique par voie de presse sur la paternité du système électrique utilisé, entre Albert Peschard organiste de Caen inventeur avec Barker d’un premier système électrique et le docteur Margerin auteur du rapport de réception.
 

L'orgue en 1891, photo plaquette de réception

Le 24 novembre 1900, un incendie se déclare dans l’orgue de chœur et détruit totalement l’instrument. Un nouvel orgue est commandé à la maison Merklin alors dirigée par Joseph Gutschenritter. Placé dans le chœur, l’instrument est reçu le 25 février 1902 ; il n’a pas évolué depuis.
Par la même occasion le facteur est invité à travaillé sur le Grand Orgue. Il augmente le Récit par l’adjonction d’un nouveau sommier, modifie la soufflerie et les transmissions, déplace la console sur le côté et installe, à la demande de l’organiste, le système de combinaisons qu’il avait adopté pour l’orgue de chœur. A l’occasion de la réception des travaux, le 13 octobre 1902, une grande audition permet d’entendre les deux orgues, toujours avec Dallier et Copin.
Entre 1943 et 1946, la maison Pleyel de Paris procède à un relevage de la tuyauterie et à une révision des transmissions, des sommiers et des réservoirs, sans modification des plans sonores. En 1952 débute une longue période de travaux qui s’échelonnent jusqu’en 1967, effectués par Erwin Muller. Le projet de départ est ambitieux puisqu’il prévoit de modifier totalement l’esthétique sonore de l’instrument.
Mais les modifications s’effectuent lentement au rythme des possibilités financières de la paroisse. De cet épisode retenons particulièrement le changement des transmissions, la rupture de la liaison avec l’orgue de chœur, la mise en place des tuyaux de façade en remplacement de ceux subtilisés en 1917 (en inversant la ligne des bouches), et surtout la profonde modification sonore du Positif, les autres plans étant relativement épargnés. Depuis 1990, des bénévoles entretiennent l’orgue et procèdent à différents travaux : remise en service de la liaison avec l’orgue de chœur, recomposition de la Fourniture du Grand Orgue, mise en service des tuyaux de Montre 16 en façade.
    
L’Orgue de Notre-Dame, Grand Orgue et orgue de chœur, est classé parmi les Monuments historiques en 1994.

Marcel Degrutère Docteur ès Musicologie et Histoire de la musique

Article rédigé à partir des archives paroissiales et municipales, du fonds Muller des archives départementales des Yvelines et des archives privées Delmotte de Tournai.

l'orgue de choeur, oct 2013, photo M. Degrutère